Enna Chaton
Passages, vidéos, 17'21'', 2005
Enna Chaton utilise l'image, fixe ou en mouvement, pour mettre en scène des corps nus, d'hommes et de femmes de tous âges, modèles non professionnels, parents, amis, inconnus, complices, dans différents espaces domestiques ou dans toute sorte de paysages. dans la vidéo Passages, des plans panoramiques de durées inégales se succèdent. La caméra se déplace lentement, horizontalement, de gauche à droite et vice versa, à l'intérieur de ce qu'on suppose être les appartements des êtres qui s'y trouvent, face à la caméra, immobiles et nus, assis ou debouts, allongés sur un lit ou lovés dans le velours d'un canapé. Ils sont simplement là, seuls ou en famille. Nus, nature, comme dans une nature morte, "peinture d'ordures" comme disaient les Grecs. Il ya dans ce travail quelque chose de l'album de famille où l'intense présence iconique des personnages semble nous parler de mémoire, de l'origine du monde, aussi bien de celle de la Genèse, du paradis perdu, que de celle de Gustave Courbet. Elle nous parle d'un temps où nous étions peut-être sans complexe ni interdit, libres de corps et d'esprit. Avant que l'habitude de l'habit fasse de chacun de nous le moine pratiquant des pudiques partis-pris de cache-sexes que l'on sait. Avant que l'idée même du nu devienne impensable sinon sale donc coupable. Les images de Passages sont habillées d'une bande son faite du vrombissement des camions, autos, motos circulant hors champ et non retouchés au montage. Entre chaque plan panoramique, une image-écran monochrome, rouge ou rose, azur ou verte, vient ponctuer ces passages. comme une plage de silence. 