édouard levé
fictions, 2006
actalités, quotidien, rugby, rêves, pornographie, 1999-2005
Une approchemonographique permet d'appréhender dans la continuité une œuvre dont l'évidente cohérence, conceptuelle et formelle, tient au fait que l'artiste procède systématiquement, quel que soit le thème abordé, à l'effacement de toujours plus d'éléments, à l'épure progressive, pour réduire ou renvoyer chaque image à sa construction archétypale. Concrètement, Édouard Levé procède par reconstitution. Ses modèles rejouent des situations sociales, politiques, sportives, oniriques, pornographiques, inspirées d'images préexistantes. Au départ, les rêves qu'il reconstitue sont les siens : "Je choisis des rêves, dit-il, dont ne me reste qu'une image arrêtée. J'écarte donc ceux qui se présentent comme des films, avec une narration, un début et une fin." Après quoi, il s'efface, il quitte sa propore intimité et commence à travailler l'inquiétante étrangeté des images qu'il arrache à l'actualité photos de presse qu'il classe et archive. Reconstitution après reconstitution, Levé soustrait, élimine, gomme dans le champ de ses photos de plus en plus d'indices, signes, accessoires, informations. Sur fondneutre, monochrome, gris ou noirs, les visages sont inexpressifs, les costumes sont uniformes, jusqu'à faire de ses acteurs des personnages interchangeables et non des sujets singuliers. Dans "Fictions", sa dernière série, il élimine cette fois la couleur. Carrément. Des personnages habillés en noir se livrent sur fond noir à des actions collectives dont le sens nous échappe...
